L’Afrique technologique écrit une nouvelle page de son histoire. Madica, le fonds d’investissement pré-amorçage, vient de dévoiler cinq nouvelles pépites issues de marchés souvent négligés par les investisseurs traditionnels. Une initiative qui pourrait bien redessiner la carte du capital-risque africain.
Des Startups aux Problématiques Locales
Parmi les élus, Talenteo en Algérie et Paysika au Cameroun incarnent cette volonté de cibler des besoins concrets. Talenteo, né d’une frustration face aux lacunes des logiciels de gestion RH en Afrique francophone, propose une solution intégrée pour la paie et les ressources humaines. Paysika, quant à lui, ambitionne de révolutionner la banque digitale en zone CEMAC avec des cartes virtuelles et physiques adaptées aux transactions internationales.
Madica étend ainsi son empreinte à 10 marchés africains, un exploit quand on sait que 80% des investissements se concentrent habituellement sur le Nigeria, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Égypte. Emmanuel Adegboye, à la tête de Madica, souligne l’importance de ces fondateurs expérimentés qui résolvent des problèmes critiques mais manquent cruellement de financement.
Une Stratégie Délibérément Éclectique
Le portefeuille de Madica se distingue par sa diversité sectorielle. ChipMango au Nigeria développe des semi-conducteurs, tandis que Delta Oil en Égypte recycle les huiles de cuisine usagées pour produire des biocarburants. Bekia, toujours en Égypte, mise sur l’économie circulaire en rémunérant les ménages pour leurs déchets recyclables.
Cette approche sectorielle variée contraste avec la tendance passée aux investissements massifs dans les fintechs. Adegboye défend cette stratégie comme une continuité de la mission initiale de Madica : catalyser le financement dans des secteurs et marchés sous-investis.
Les Défis du Financement en Période de Crise
Le contexte économique actuel complique la donne. Les levées de fonds africaines restent bien en dessous des records de 2021-2022, et les tours de table plus avancés mettent plus de temps à se conclure. Madica adapte sa stratégie en renforçant les réseaux de co-investissement et en insistant sur la discipline financière des startups.
Un changement notable : le fonds exige désormais un peu plus de track record avant d’investir, une approche inhabituelle pour un pré-amorçage. Cette évolution reflète les réalités économiques actuelles, tout en maintenant l’objectif initial de soutenir des fondateurs sans historique établi.
L’Enjeu de la Parité
Madica se distingue également par son engagement en faveur des fondatrices. Malgré des performances comparables, les startups dirigées par des femmes reçoivent une part infime du capital-risque. Le fonds vise à ce qu’au moins la moitié de son portefeuille inclue une cofondatrice, un objectif déjà atteint selon Adegboye.
Un Modèle d’Accompagnement à l’Échelle Continentale
Avec des startups dispersées sur 10 marchés et quatre secteurs, la question de l’accompagnement se pose. Madica a conçu un programme remote-first, avec mentorat et accès à des experts délivrés virtuellement. Des rencontres physiques sont organisées deux fois par an, la prochaine ayant lieu à Cape Town en novembre.
Chaque startup reçoit jusqu’à 200 000 dollars et 18 mois de soutien. Reste à voir si ce modèle suffira pour faire décoller des entreprises comme ChipMango à Lagos ou Bekia au Caire, dans des marchés où le prochain tour de table est souvent le plus difficile à obtenir.
Madica écrit ainsi un nouveau chapitre du capital-risque africain, prouvant qu’il est possible de réussir en investissant hors des sentiers battus.