La montée des tensions xénophobes en Afrique du Sud inquiète MTN, géant des télécoms africain. Avec 312,7 millions de clients dans 19 pays, l’entreprise voit dans la libre circulation des talents un pilier essentiel de sa croissance et de celle du continent.
Un enjeu économique crucial
Le groupe, né d’une licence mobile accordée par Nelson Mandela en 1993, a bâti son succès sur l’intégration régionale. Ses marchés clés - Nigeria et Ghana en tête - réagissent vivement aux récents incidents xénophobes. Plusieurs pays africains ont rapatrié leurs ressortissants après les menaces du March and March Movement.
Ralph Mupita, CEO de MTN, a plaidé pour une approche économique du sujet lors d’un séminaire organisé par la Kgalema Motlanthe Foundation. « Les gens migrent parce que les opportunités sont inégalement réparties », a-t-il souligné. Il a rappelé son propre parcours : originaire du Zimbabwe, il incarne cette mobilité africaine que MTN accompagne depuis sa création.
L’urgence d’une vision continentale
Mcebisi Jonas, président du conseil d’administration de MTN, a dénoncé l’utilisation politique des migrations pour masquer les vrais problèmes sud-africains : faible croissance, mauvaise gouvernance et inégalités structurelles. « Chasser les migrants ne résoudra pas ces défis », a-t-il affirmé.
Le groupe met en garde : cette hostilité envers les travailleurs africains envoie un signal contradictoire aux investisseurs. MTN rappelle que son avenir est indissociable de celui du continent, où se trouvent ses marchés et opportunités.
Investir dans le capital humain numérique
Dr Ishmael Yamson, président du conseil d’administration de MTN Ghana, a insisté sur l’urgence d’équiper les jeunes Africains en compétences digitales. Cette formation est présentée comme le seul moyen de transformer l’explosion démographique en avantage compétitif.
Pour MTN, la solution passe par des politiques prévisibles et une régulation favorable aux affaires. Le groupe appelle à construire une Afrique où la mobilité s’accompagne d’opportunités économiques partagées. Cette vision pan-africaine, au cœur de son ADN depuis 30 ans, apparaît plus nécessaire que jamais face aux défis actuels.
Le message est clair : l’Afrique du Sud et le continent dans son ensemble doivent choisir entre repli identitaire et intégration économique. Un choix qui déterminera leur capacité à saisir les opportunités de la révolution numérique.