Le président Bola Tinubu signe une ordonnance exécutive ouvrant la voie à l’intégration des actifs virtuels dans le système financier nigérian.
Après des années de méfiance et de restrictions, le Nigeria amorce un virage stratégique dans sa politique envers les cryptomonnaies. L’ordonnance exécutive signée par le président Bola Tinubu marque l’aboutissement d’un long débat national et pourrait transformer radicalement le paysage des actifs virtuels en Afrique de l’Ouest.
Un cadre réglementaire harmonisé pour sécuriser l’innovation
L’ordonnance, entrée en vigueur immédiatement, vise à créer un environnement réglementaire cohérent pour les actifs virtuels. Selon la présidence nigériane, ce nouveau cadre aura plusieurs objectifs clés : protéger les citoyens contre les fraudes, préserver l’intégrité du système financier et encourager une innovation responsable. Pour y parvenir, un « Conseil des Actifs Virtuels » sera mis en place, placé sous la présidence de la Banque Centrale du Nigeria (CBN). Ce conseil rassemblera des acteurs majeurs comme le Service des Revenus Nigérians (NRS), la Commission des Bourses (SEC), l’Unité Nigeriane de Renseignement Financier (NFIU) et le Bureau du Conseiller à la Sécurité Nationale (ONSA).
Parmi les mesures phares, on note la création d’un « sandbox » réglementaire. Cette plateforme permettra aux opérateurs de tester leurs produits et services dans un environnement contrôlé, sous la supervision des régulateurs. Cette approche progressive vise à garantir que seules les innovations ayant passé ces tests rigoureux atteindront le marché nigérian.
Stablecoins : un test crucial pour la nouvelle régulation
L’impact potentiel de cette ordonnance pourrait être particulièrement significatif pour le secteur des stablecoins. Ces cryptomonnaies indexées sur des devises stables comme le dollar ont connu un essor important au Nigeria, malgré quelques échecs retentissants. Rotimi Ogunyemi, avocat spécialisé en technologie à Lagos, souligne que cette régulation pourrait canaliser une partie de ces activités vers des circuits plus sécurisés. « La réglementation devrait imposer des réserves crédibles, une séparation claire des actifs clients et des mécanismes de rachat fiables », explique-t-il.
Un changement d’attitude face à l’adoption croissante des cryptomonnaies
Cette évolution intervient dans un contexte où les cryptomonnaies jouent un rôle de plus en plus important dans l’économie nigériane. Selon Thunes, une société spécialisée dans les technologies financières, près de 40 % des Nigérians utilisent désormais les cryptomonnaies pour les transferts d’argent internationaux, un taux bien supérieur à la moyenne mondiale de 11 %. Cette adoption massive s’explique par le contexte macroéconomique difficile du pays, marqué par une dévaluation persistante de la naira et des pénuries chroniques de devises étrangères.
Vers une intégration durable dans le système financier ?
L’ordonnance exécutive représente un changement majeur par rapport aux politiques restrictives des années précédentes. En 2021, la CBN avait interdit aux institutions financières de traiter les transactions en cryptomonnaies. Plus récemment, le gouvernement accusait même certaines plateformes crypto de contribuer à la pression sur le taux de change du naira.
Aujourd’hui, avec cette nouvelle approche réglementaire, le Nigeria reconnaît officiellement l’importance des actifs virtuels dans son économie. Reste à savoir si ce cadre permettra d’attirer des acteurs responsables et de créer un écosystème crypto sûr pour les investisseurs. Comme le souligne Rotimi Ogunyemi, « l’efficacité de cette mesure se mesurera à sa capacité à simplifier les procédures pour les entreprises souhaitant opérer légalement dans le pays ».
Cette initiative pourrait bien positionner le Nigeria comme un leader africain en matière de régulation des cryptomonnaies, tout en offrant à ses citoyens un cadre plus sécurisé pour participer à cette révolution financière.