Oui Capital, un acteur clé du capital-risque en Afrique, vient de marquer l’histoire avec le remboursement intégral de son premier fonds de 4 millions de dollars. Une performance rare dans le paysage africain, réalisée grâce à un pari audacieux sur Moniepoint, une fintech nigériane devenue licorne en 2024. Retour sur une stratégie qui défie les conventions.**

Une vision entrepreneuriale au service de l’investissement

Contrairement à la plupart des fonds de capital-risque, Oui Capital a été conçu comme une extension naturelle de l’esprit entrepreneurial. Ses fondateurs, Olu Oyinsan et Francesco Andreoli, ont abordé leur mission avec la même énergie que des entrepreneurs en quête de solutions. Leur approche ? Comprendre les défis spécifiques du marché africain avant même d’établir leur thèse d’investissement.

Leur intuition sur les taux élevés d’échec des transactions de paiement a été confirmée par leur rencontre avec Moniepoint. Ce qui les a convaincus, c’est que l’équipe fondatrice avait non seulement identifié le problème, mais aussi l’expérience opérationnelle pour le résoudre. Cette combinaison rare a conduit à un retour sur investissement de 53 fois la mise initiale, soit environ 8 millions de dollars pour un ticket de 150 000 dollars.

Les leçons d’un premier fonds exceptionnel

Le succès de Oui Capital ne repose pas uniquement sur Moniepoint. Même sans cette pépite, le fonds aurait généré deux fois sa taille initiale. Leur deuxième sortie, AMOpportunities, une entreprise de santé américaine acquise par un groupe de capital-investissement, illustre cette diversification réussie.

Leur portefeuille inclut également des acteurs prometteurs comme Duplo et Akiba Digital en Afrique du Sud, qui continuent de performer. Cette approche ciblée contraste avec les fonds plus dispersés : le premier fonds comptait environ 20 entreprises, tandis que le second devrait en compter seulement 10 ou 11.

L’évolution stratégique du Fond II

Le Fond II, déployé à partir de 2022, marque une évolution significative. Les chèques peuvent désormais atteindre 750 000 dollars, avec une moyenne de 400 000 à 500 000 dollars. Oui Capital vise désormais des participations plus importantes, entre 5 % et 10 %, contre 2 % à 3 % précédemment.

Cette concentration s’explique par une analyse post-mortem révélatrice : cinq des six entreprises écrites en perte étaient parmi les plus petites participations du fonds. Une leçon claire : mieux vaut quelques investissements convaincus que de multiples petits paris.

Un avertissement pour l’industrie du capital-risque africain

Olu Oyinsan alerte sur une crise existentielle que traverse le capital-risque africain. Selon lui, aucun fonds de seed ne devrait dépasser 50 millions de dollars. Il regrette notamment d’avoir laissé passer une opportunité prometteuse, un SaaS que l’essor de l’IA aurait pu rendre obsolète.

Pour lui, la clé réside dans une compréhension profonde du marché et des problèmes spécifiques à résoudre. C’est cette approche qui a permis à Oui Capital de repérer des pépites comme Moniepoint avant le marché. Une stratégie qui pourrait bien redéfinir les standards du capital-risque en Afrique.