Payd, la plateforme kényane de paiements internationaux, annonce sa reprise d’activité ce vendredi après une pause forcée due à des pertes de change ayant compromis ses réserves. Fondée en 2023 par Benaiah Wepundi, cette startup permet aux freelances et entreprises de recevoir des paiements étrangers convertis en monnaies locales. Avec 30 000 utilisateurs répartis entre le Kenya, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Sénégal, Payd illustre les risques cachés des fintechs opérant sur les marchés africains de la finance transfrontalière.
Une croissance rapide, des contrôles défaillants
Le succès fulgurant de Payd - passant de 500 000 à plus de 3 millions de dollars de volume mensuel entre septembre 2025 et mai 2026 - a révélé des failles critiques dans sa gestion de trésorerie. L’entreprise proposait jusqu’à 52 devises avant de réduire progressivement ce nombre à 13. Le problème central résidait dans l’écart entre les dollars reçus et les monnaies locales à distribuer, avec des taux de change fluctuants. Un paiement de 100 dollars pré-financé à un taux pouvait nécessiter bien plus de monnaie locale quelques jours plus tard en raison des variations.
Des pertes accumulées, un système inefficace
« Nous n’avons pas su suivre précisément ces écarts entre nos taux affichés et ceux de nos partenaires », reconnaît Wepundi. Le modèle de trésorerie utilisé ne tenait pas compte des variations USD/monnaie locale entre le pré-financement et les paiements. Les fonds étaient gérés dans un pool commun, avec des entrées majoritairement en dollars et des sorties en devises locales. Résultat : le coût dollar des paiements dépassait parfois le montant reçu pour les financer.
Vers une reprise sous contrôle
Après des mois de turbulence, Payd prévoit de relancer ses services ce vendredi via son application, chatbot WhatsApp, plateforme professionnelle et API. Les utilisateurs pourront suivre leurs soldes existants et choisir les comptes de destination. Cette reprise intervient après des mois de croissance effrénée ayant exposé les failles du système.
Leçon pour les fintechs africaines
L’expérience de Payd met en lumière les défis spécifiques des fintechs africaines dans la gestion des risques de change, liquidité et règlement. Si les paiements transfrontaliers offrent un potentiel de revenus élevé, ils exposent aussi à des risques opérationnels majeurs. La collaboration avec Noah en février pour intégrer des rails de paiement basés sur stablecoins montre les efforts d’innovation du secteur.
Perspectives
Avec un objectif de 10 millions de dollars de volume mensuel et 300 000 dollars de revenus récurrents, Payd reste ambitieuse. Sa reprise d’activité sera suivie de près par les acteurs du secteur, alors que les régulateurs africains renforcent leur vigilance sur ces services financiers innovants mais risqués.