Lagos, septembre 2026 — Les créateurs nigérians dominent les réseaux sociaux, façonnent la culture et influencent les décisions d’achat. Pourtant, transformer cette visibilité en pouvoir économique reste un défi majeur. C’est le constat dressé lors de la deuxième édition du PodFest Naija, qui a réuni à Victoria Island des acteurs clés de l’industrie pour discuter d’un enjeu crucial : comment passer de la notoriété à la propriété intellectuelle et à la rentabilité.**

Un écart persistant entre influence et revenus

Le festival a mis en lumière un paradoxe : l’économie créative nigériane croît plus vite que les structures capables de la soutenir. Le vice-gouverneur de Lagos, Dr Obafemi Hamzat, a souligné les lacunes systémiques : contrats déséquilibrés, accès limité aux financements, et absence de mécanismes efficaces pour protéger les droits d’auteur. « Trop souvent, nos créateurs produisent des contenus qui sont monétisés ailleurs », a-t-il déploré.

Salem King, cofondateur de Crea8torium, illustre ce problème par un constat simple : deux créateurs avec 50 000 abonnés peuvent avoir des revenus radicalement différents. La clé ? La maîtrise des stratégies de négociation et de monétisation. « Savoir capter l’attention ne suffit pas : il faut aussi comprendre comment transformer cette audience en revenus », explique-t-il.

Propriété intellectuelle : le combat pour le contrôle

Audu Maikori, avocat spécialisé en divertissement et cofondateur de Chocolate City, va plus loin : posséder un contenu ne signifie pas toujours le contrôler. L’essor de l’intelligence artificielle accentue cette problématique, alors que les créateurs africains alimentent des plateformes dont ils ne maîtrisent pas les modèles économiques.

« Nous produisons la musique, les images et le langage qui nourrissent ces technologies, mais nous n’en tirons pas les bénéfices », regrette Maikori. Pour lui, l’enjeu dépasse la simple rémunération des posts sponsorisés : licences, droits d’auteur et équité dans les partenariats deviennent essentiels.

Vers une infrastructure adaptée

Le vice-gouverneur Hamzat a reconnu les failles du système lagotien, notamment la fragmentation des bases de données gouvernementales qui compliquent l’accès aux subventions. Il s’est engagé à créer un portail centralisé pour suivre les demandes et leur traitement, une mesure saluée par les participants.

Tosin Adefeko, organisatrice du PodFest, résume l’ambition du festival : « Notre créativité doit être consommée et possédée ». Un appel à l’action pour une industrie où les talents africains ne se contentent plus d’être vus, mais deviennent aussi les maîtres de leur valeur.

L’avenir du secteur passera par des réformes structurelles, une meilleure éducation des créateurs sur leurs droits, et la mise en place d’écosystèmes financiers adaptés. Le PodFest Naija a posé les bases : à la communauté de jouer, maintenant.