Alors que les régulateurs africains resserrent leurs contrôles en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, une startup nigériane innove pour répondre aux besoins spécifiques du continent. Smartcomply, spécialisée dans la conformité et la cybersécurité, franchit une nouvelle étape en s’implantant au Royaume-Uni avec sa plateforme Adhere.

Une solution conçue pour les spécificités africaines

L’expansion de Smartcomply vise particulièrement les institutions de monnaie électronique, les sociétés de transfert d’argent et les fintechs spécialisées dans les paiements transfrontaliers. Adhere, son outil alimenté par l’IA pour la lutte contre le blanchiment d’argent (AML), la connaissance du client (KYC) et la détection des fraudes, a été spécifiquement développé pour les systèmes financiers africains. La plateforme se concentre sur les couloirs de paiement nigérians, kényans, ghanéens, sud-africains et rwandais.

Cette initiative intervient dans un contexte de renforcement des exigences réglementaires en Afrique. En mars dernier, la Banque centrale du Nigeria a introduit des normes de base pour les solutions automatisées AML, reconnaissant officiellement l’intelligence artificielle et le machine learning comme outils de surveillance des crimes financiers.

Combler un écart infrastructurel

Fondée en 2021, Smartcomply a initialement ciblé les entreprises africaines en matière de gouvernance des risques et conformité. En 2024, elle a élargi son offre avec Adhere pour répondre à ce qu’elle décrit comme un manque crucial dans la surveillance des transactions financières africaines. Gbemisola Osunrinde, PDG de Smartcomply, explique que les systèmes étrangers de monitoring des transactions ne comprennent pas toujours le comportement financier africain, entraînant des alertes frauduleuses erronées et des révisions manuelles coûteuses. « De nombreuses institutions ont préféré se désengager des couloirs africains », souligne-t-elle.

Adhere résout ces problèmes grâce à des intégrations directes avec les infrastructures d’identité locales, une surveillance en temps réel et une analyse comportementale. La plateforme s’intègre aux systèmes backend des institutions financières via une API, permettant de vérifier les clients à travers des bases de données locales comme le Bank Verification Number (BVN) et le National Identification Number (NIN) au Nigeria. Smartcomply collabore avec des partenaires régionaux en Afrique de l’Est et francophone pour accéder aux jeux de données d’identité utilisés dans ces marchés.

Une approche adaptée aux réalités locales

Anita Ajalla, directrice technique de Smartcomply, insiste sur l’importance d’une infrastructure conçue spécifiquement pour l’Afrique : « Les technologies de conformité développées à New York ou Londres ne peuvent pas interpréter les numéros BVN nigérians ni comprendre les flux de mobile money au Kenya. » Adhere analyse le comportement transactionnel à travers les paiements mobiles pour distinguer les transactions légitimes des comportements suspects. Les transactions signalées comme irrégulières peuvent être mises en pause et examinées manuellement avant traitement.

La plateforme génère également des rapports de conformité prêts pour les audits, alignés sur les cadres réglementaires locaux. Smartcomply propose un modèle de tarification flexible, permettant aux clients de choisir les services spécifiques dont ils ont besoin. Adhere sert déjà plus de 100 entreprises dans des secteurs régulés en Afrique et au-delà, surveillant plus d’un milliard de dollars de volume transactionnel mensuel.

Perspectives d’expansion

Au Royaume-Uni, Smartcomply entrera en concurrence avec des acteurs établis comme ComplyAdvantage et Sumsub. Cependant, la startup mise sur son avantage concurrentiel : une compréhension approfondie des spécificités africaines. Smartcomply prévoit d’étendre son infrastructure de conformité en Afrique de l’Est et francophone, avec des plans pour renforcer sa présence au Rwanda et en Côte d’Ivoire en 2026.

Cette expansion marque une étape cruciale dans la modernisation des systèmes financiers africains, offrant aux institutions locales et internationales un outil adapté aux réalités du continent.