Uber tourne la page sur deux marchés clés en Afrique de l’Est. Après plus d’une décennie de présence, le géant du covoiturage annonce son retrait du Nigeria et de l’Ouganda. Une décision qui s’inscrit dans une série de désengagements sur le continent, interrogeant la viabilité du modèle économique d’Uber en Afrique.
Un retrait annoncé sans tambour ni trompette
Les utilisateurs nigérians et ougandais ont découvert la nouvelle avec surprise : depuis le 1er septembre 2026, l’application Uber ne propose plus de trajets disponibles. Les chauffeurs, quant à eux, ont reçu une notification les informant que leurs services ne seraient plus sollicités via la plateforme. En guise de compensation, Uber a promis une indemnité exceptionnelle pour faciliter leur transition.
Cette décision intervient dans un contexte de restructuration mondiale. Uber a annoncé simultanément la suppression de 3 300 postes, soit près de 10 % de ses effectifs globaux. L’entreprise souhaite recentrer ses activités sur le covoiturage, la livraison de repas et les véhicules autonomes.
Les défis du marché africain
Uber avait débarqué à Lagos en 2014, puis à Kampala en 2016, dans le cadre de son expansion africaine. Cependant, développer un marché et en tirer des profits sont deux choses distinctes. Au Nigeria, les tensions autour des tarifs et des commissions ont été récurrentes. En mars 2026, des chauffeurs ont manifesté pour dénoncer la baisse de leurs revenus et les coûts croissants liés à l’exploitation.
D’autres facteurs ont également pesé sur la rentabilité : la hausse des prix de l’essence, les coûts de maintenance des véhicules, la concurrence accrue et les régulations locales. En août 2026, l’Autorité fédérale des aéroports du Nigeria (FAAN) a renforcé les contrôles sur les services de covoiturage dans les aéroports, limitant leur accès aux passagers.
Une stratégie de recentrage géographique
Uber n’a pas explicitement évoqué ces difficultés comme motifs de son départ. L’entreprise a préféré parler d’une révision de ses priorités commerciales et de ses investissements en Afrique. Pourtant, les faits sont éloquents : depuis septembre 2025, Uber a quitté la Côte d’Ivoire et la Tanzanie. Cette semaine, le service économique UberX a également été abandonné en Afrique du Sud.
Bien qu’Uber reste présent dans plusieurs pays africains, dont le Kenya, l’Afrique du Sud, le Ghana et l’Égypte, son retrait progressif de plusieurs marchés en moins d’un an interroge. L’entreprise semble opter pour une approche plus sélective, privilégiant les zones où son modèle économique est viable.
Un contre-exemple kenyan
Alors qu’Uber quitte l’Afrique de l’Est, le Kenya offre un contraste saisissant. La Haute Cour du pays a récemment invalidé des parties des règlements de l’Autorité nationale des transports et de la sécurité (NTSA) de 2022. Parmi les dispositions contestées, un plafonnement des commissions des plateformes de covoiturage à 18 % du prix d’un trajet.
Les entreprises comme Bolt, qui avait déposé une pétition en 2025, saluent cette décision. La cour a estimé que le gouvernement n’avait pas respecté les procédures constitutionnelles pour justifier ces restrictions. De plus, l’obligation de conserver des données détaillées sur les passagers et les trajets pendant trois ans a également été rejetée.
Conclusion : un tournant pour l’industrie du covoiturage
Le retrait d’Uber du Nigeria et de l’Ouganda marque un tournant pour le secteur. Il soulève des questions sur la durabilité des modèles économiques occidentaux en Afrique et la nécessité pour les entreprises de s’adapter aux spécificités locales. Pour les chauffeurs et les utilisateurs, cette décision ouvre la voie à de nouvelles opportunités, notamment pour des acteurs locaux mieux ancrés dans les réalités du terrain.
Alors que le covoiturage continue de se développer en Afrique, cette retraite stratégique d’Uber pourrait bien redessiner la carte des leaders du secteur.