L’ère Uber en Afrique s’achève-t-elle ? Le géant américain du covoiturage, pionnier des services de transport en ligne sur le continent, bat en retraite. Après plus d’une décennie d’expansion, Uber annonce son retrait de plusieurs pays africains, dont le Nigeria, son premier marché. Une décision qui soulève des questions sur la viabilité du modèle économique de l’entreprise dans un contexte économique volatile.
Un bilan contrasté en Afrique
Uber avait pourtant des ambitions claires pour l’Afrique. En 2023, la société affirmait avoir injecté 34 milliards de nairas (environ 26 millions de dollars) dans l’économie nigériane, tout en permettant aux utilisateurs d’économiser 1,8 million d’heures de trajet. Pourtant, malgré ces chiffres encourageants, le groupe a annoncé le 2 septembre dernier la cessation de ses activités au Nigeria. Une décision qui s’inscrit dans une série de retraits : Uganda, Tanzanie et Côte d’Ivoire ont également vu Uber quitter leur marché.
Aujourd’hui, l’entreprise n’est plus présente que dans quatre pays d’Afrique subsaharienne : Égypte, Ghana, Kenya et Afrique du Sud. Une présence réduite qui contraste avec ses ambitions initiales.
Les défis économiques et concurrentiels
Le retrait d’Uber s’explique par plusieurs facteurs. Le premier est économique : le modèle de l’entreprise repose sur un équilibre délicat entre des tarifs abordables pour les clients et une rémunération suffisante pour les chauffeurs. Un équilibre rendu encore plus précaire par la hausse des prix de l’essence, notamment au Nigeria où la suppression des subventions en 2023 a triplé le coût du carburant. La dévaluation de la naira, qui a perdu deux tiers de sa valeur depuis 2023, n’a fait qu’aggraver la situation.
Ikemesit Effiong, partenaire chez SBM Intelligence, souligne que de nombreux Nigérians ont perdu leur statut de classe moyenne au cours de la dernière décennie, réduisant ainsi le marché potentiel d’Uber. « Les ménages ont dû ajuster leurs comportements de consommation, éliminant ou réduisant les dépenses discrétionnaires », explique-t-il.
La concurrence locale, un autre défi
Uber a également été confronté à une concurrence acharnée. Des acteurs comme Bolt, inDrive, LagRide et Shuttlers ont su s’adapter aux réalités locales en proposant des commissions plus faibles (15-20 % contre 25 % pour Uber). Bolt, en particulier, a su tirer parti de cette flexibilité pour s’imposer comme le leader du marché.
Selon Sensor Tower, Uber ne comptait plus que 500 000 utilisateurs actifs au Nigeria en décembre 2025, contre 3,3 millions pour Bolt. Une différence significative qui illustre le déclin de la plateforme américaine.
Et après ?
Uber affirme pourtant rester engagé en Afrique subsaharienne, où il voit encore des opportunités de croissance. Reste à savoir si l’entreprise saura tirer les leçons de son retrait du Nigeria et s’adapter aux spécificités des marchés africains.
Pour l’instant, le retrait d’Uber laisse la place à une concurrence locale dynamique, capable de mieux répondre aux défis économiques et sociaux du continent. Une leçon pour les géants technologiques qui souhaitent s’implanter en Afrique : l’adaptabilité est la clé du succès.