Alors que les groupes armés intensifient leurs attaques par drones dans le Sahel, une startup africaine se positionne comme acteur clé de la défense continentale. Terra Industries, leader des technologies de défense en Afrique, inaugure prochainement à Accra un complexe industriel de 34 000 mètres carrés, baptisé Pax-2. Ce site, qui deviendra opérationnel en juin 2026, portera à plus du double la capacité de production de l’entreprise par rapport à son usine phare d’Abuja.

Une réponse africaine à la menace des drones terroristes

La construction de Pax-2 intervient dans un contexte de montée en puissance des attaques par drones menées par les affiliés d’al-Qaïda et de l’État islamique. Entre 2023 et 2025, le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) a réalisé pas moins de 89 opérations aériennes au Mali et au Burkina Faso. Plus récemment, en janvier 2026, l’État islamique dans le Sahel a frappé l’aéroport international de Niamey avec des drones suicides. Ces attaques illustrent un décalage croissant entre les capacités offensives des groupes armés et les moyens de défense des armées africaines.

Nathan Nwachuku, cofondateur et PDG de Terra Industries, souligne l’urgence d’une solution souveraine : « La paix durable en Afrique passe par la construction d’une défense autonome, non par la dépendance à des architectures de sécurité étrangères. » Le choix du Ghana s’explique par son vivier de talents techniques et sa volonté politique affichée de devenir un exportateur sérieux dans le domaine de la défense.

Une production diversifiée pour répondre à tous les besoins

L’usine emploiera 120 ingénieurs et produira trois systèmes aériens : l’Archer VTOL, plateforme de surveillance et de frappe longue distance ; l’Iroko UAV pour les déploiements tactiques rapides ; et le Kama, intercepteur capable de 300 km/h spécialement conçu pour la défense anti-drones. Ce dernier pourrait combler un manque crucial identifié par l’Institut pour les Études de Sécurité : la région manque cruellement de moyens pour détecter et neutraliser les petits drones commerciaux transformés en armes.

Une levée de fonds record et un modèle économique innovant

Fondée en 2024 par Nathan Nwachuku et Maxwell Maduka, Terra Industries a levé 34 millions de dollars en deux tours de financement en 2026, un record pour une startup africaine du secteur. Le modèle économique de l’entreprise s’inspire des géants américains Anduril et Palantir : vente de matériel couplée à une licence logicielle récurrente. Terra protège déjà 11 milliards de dollars d’actifs dans huit pays africains, incluant des infrastructures critiques comme des centrales hydroélectriques et des mines de lithium.

Vers une intégration régionale du secteur défensif

L’expansion ghanéenne s’inscrit dans une stratégie plus large de partenariats régionaux. En février, Terra a signé un protocole d’accord avec la Defence Industries Corporation of Nigeria (DICON) pour créer une coentreprise d’assemblage local et de formation. Cette collaboration, autorisée par la loi DICON 2023, intègre Terra dans l’écosystème industriel défensif nigérian. La nomination de Nnamdi Chife, spécialiste de la contre-insurrection, au poste de vice-président des relations militaires renforce cette dynamique.

Le défi des marchés publics africains

Alors que onze pays africains ont subi des attaques de drones menées par des groupes non étatiques, les armées saheliennes ont massivement investi dans des drones turcs offensifs comme les Bayraktar TB2 et Akıncı. Terra devra désormais convertir son avance technologique en contrats gouvernementaux, notamment avec les États du Sahel qui se sont récemment distancés de la CEDEAO. La question clé sera de savoir si les décideurs africains privilégieront un acteur local à des fournisseurs étrangers établis.

Avec Pax-2 en phase finale de construction, Terra Industries se prépare à jouer un rôle central dans la sécurisation du ciel africain. La réussite de ce pari industriel dépendra autant de ses innovations technologiques que de sa capacité à s’imposer comme partenaire privilégié des États face aux nouvelles menaces asymétriques.