Dans un revirement inattendu, la Banque du Ghana (BoG) a ordonné la suspension d’une nouvelle taxe de 0,75 % sur les transferts de portefeuille mobile vers les comptes bancaires proposée par MTN Ghana. Cette décision, annoncée mardi, bloque l’entrée en vigueur de la taxe prévue pour le 1er juin, soulignant les tensions persistantes autour de la monétisation des services financiers numériques dans le pays.
Un contexte économique crucial
Le Ghana représente un marché mature pour les services de mobile money, avec 26,7 millions de portefeuilles actifs en 2025, soit une augmentation de 13,6 % par rapport à l’année précédente. Les transactions ont atteint un volume record de 982 millions, représentant GH¢518,4 milliards (environ 44,5 millions de dollars), en hausse de 58,3 %. Ces chiffres témoignent de l’importance vitale du mobile money dans l’économie ghanéenne, où ce système est profondément intégré aux habitudes de paiement quotidiennes.
La suspension intervient alors que MTN Group a récemment finalisé la scission de ses opérations de mobile money au Ghana, créant Mobile Money Fintech Limited (MMFL). Cette restructuration, achevée le 31 mars dernier, vise à transformer la fintech en moteur de croissance autonome pour le groupe télécom. Le Ghana, où MTN a généré 549,15 millions de dollars de revenus en 2025, reste un pilier stratégique pour ses activités fintech.
Régulation et protection des consommateurs
La BoG justifie sa décision par la nécessité de consultations supplémentaires avec les parties prenantes du secteur. Cette mesure s’inscrit dans un contexte de surveillance accrue des services financiers numériques, où l’équilibre entre innovation et protection des consommateurs reste un défi majeur. Le souvenir de la taxe sur les transferts électroniques (E-levy), introduite en 2022 à 1,5 % avant d’être réduite à 1 % en 2023, illustre la sensibilité du public aux taxes sur les transactions numériques.
Les transferts de portefeuille à compte bancaire, bien que représentant seulement 7 % de la valeur totale des transactions en 2025, sont un indicateur clé de l’évolution des comportements financiers. Les transactions agent-à-agent restent cependant dominantes, reflétant la structure unique du marché ghanéen.
Implications pour le secteur
Cette suspension marque un test précoce pour la nouvelle structure fintech de MTN, alors que les décisions tarifaires sont désormais scrutées de près par les régulateurs et les utilisateurs. Le secteur du mobile money au Ghana, où opèrent également Vodafone Cash et AirtelTigo Money, joue un rôle essentiel dans la vie quotidienne des Ghanéens.
Alors que les consultations se poursuivent, cette décision rappelle l’importance cruciale de concilier innovation financière et stabilité économique dans un marché où le mobile money est bien plus qu’un simple outil de paiement : c’est une infrastructure vitale.