Un projet ambitieux, mais des réalisations timides
En novembre 2024, le GIM-UEMOA lançait GIMpay avec une promesse audacieuse : créer un écosystème unifié pour les paiements transfrontaliers dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’objectif ? Permettre à un utilisateur sénégalais de payer une facture en Côte d’Ivoire via son compte Orange Money, sans manipulation d’espèces. Un projet phare pour réduire la fragmentation des services financiers dans la région.
Pourtant, deux ans après son annonce, GIMpay peine à décoller. Lors du Salon Monétique Régional de Dakar, Minayegnan Coulibaly, ancien directeur général du GIM-UEMOA, avait comparé ce système à une ‘clé universelle’ remplaçant un trousseau de clés séparées. Une métaphore qui, aujourd’hui, semble plus symbolique que réelle.
Des chiffres qui déçoivent
En janvier 2025, Coulibaly révélait à Agence Ecofin que seulement une dizaine de partenaires étaient en cours d’intégration, loin des ‘plus de 75 partenaires financiers’ annoncés dans les documents promotionnels du GIM-UEMOA. Parmi eux, Ecobank, Orange Money et CinetPay étaient cités comme piliers du projet. Un écart significatif entre les ambitions affichées et la réalité opérationnelle.
En juin 2026, soit dix-neuf mois après le lancement, la situation n’avait pas évolué comme prévu. Dans un entretien avec CIO Mag, Coulibaly reconnaissait que la plateforme en était encore à sa phase de construction initiale. ‘Nous avons d’abord construit le cœur de la plateforme’, expliquait-il, avant d’ajouter que l’intégration des acteurs était toujours en cours. Un constat surprenant pour un projet censé être opérationnel depuis longtemps.
Les défis techniques freinent l’adoption
Le retard s’explique par des contraintes techniques majeures. Plusieurs banques ont dû reconstruire entièrement leurs API, tandis que les opérateurs de mobile money effectuaient des ‘ajustements techniques d’envergure’. Ces travaux, lourds et coûteux, ont ralenti le déploiement. Résultat : GIMpay n’a toujours pas atteint sa masse critique d’acteurs pour permettre des transactions généralisées.
Un projet stratégique, mais en suspens
GIMpay reste un projet crucial pour l’intégration financière de l’UEMOA. Son succès pourrait réduire la dépendance aux espèces et renforcer l’inclusion financière. Cependant, son avancée laborieuse soulève des questions sur la capacité des institutions régionales à mener à bien des projets technologiques ambitieux.
Alors que les fintechs africaines innovent à un rythme effréné, GIMpay illustre les défis des initiatives bancaires traditionnelles. Pour réussir, il devra accélérer son intégration et prouver sa valeur ajoutée face aux solutions déjà établies.
Conclusion : vers un redémarrage ?
L’histoire de GIMpay n’est pas terminée. Si les défis techniques sont surmontés, ce réseau pourrait encore devenir un pilier des paiements en Afrique de l’Ouest. Mais pour l’instant, le projet reste en quête d’élan, loin des promesses initiales.