Les centres de données, autrefois invisibles, deviennent un enjeu stratégique pour les régulateurs africains. Au Kenya, une nouvelle licence dédiée va encadrer ce secteur en pleine expansion.

Un Cadre Réglementaire Adapté à l’Évolution du Secteur

La Communications Authority of Kenya (CAK) a annoncé son intention d’introduire une licence autonome pour les centres de données commerciaux. Cette initiative vise à aligner le régime de licences du pays sur les réalités actuelles de l’industrie. Jusqu’à présent, ces infrastructures étaient regroupées sous la licence Network Facilities Provider (NFP) Tier 2, qui couvre un large éventail d’infrastructures de télécommunications.

Les opérateurs avaient souligné que leur activité principale consistait à fournir des locaux, de l’énergie, du refroidissement et des espaces serveurs, et non des services de télécommunications. Cette distinction justifie désormais une catégorie réglementaire distincte.

Un Secteur en Pleine Croissance

Le Kenya compte déjà près de 20 mégawatts (MW) de capacité en centres de données, avec 150 MW supplémentaires prévus dans la région. Ces infrastructures consomment une énergie équivalente à celle nécessaire pour alimenter des milliers de foyers.

Parmi les projets phares, on note la construction par Airtel Africa d’un centre de données de 44 MW, baptisé Nxtra, à Tatu City. Ce projet, dont l’achèvement est prévu pour 2027, nécessitera une licence NFP Tier 1 de la CAK. Cette licence permet aux opérateurs de construire et exploiter des centres de données à grande échelle sans permis supplémentaires.

Des Changements Réglementaires Significatifs

Actuellement, la licence NFP Tier 2 a une durée de 15 ans, contre 25 ans pour le Tier 1. Les frais d’application s’élèvent à KES 5,000 (38,63 USD) pour le Tier 1 et KES 15 millions (115,897 USD) pour la licence elle-même. Les opérateurs paient également une redevance annuelle de 0,4% du chiffre d’affaires brut ou KES 4 millions (30,905 USD), selon le montant le plus élevé.

Le Tier 2 suit la même structure de frais, mais avec une redevance annuelle minimale réduite à KES 800,000 (6,181 USD). Le nouveau cadre réglementaire pourrait offrir à la CAK des règles plus spécifiques pour les centres de données, plutôt que de les traiter comme d’autres opérateurs NFP.

L’Impact de la Transformation Numérique

L’expansion des centres de données est directement liée à l’augmentation de l’utilisation du cloud, stimulée par l’essor de l’intelligence artificielle (IA) et du machine learning. Selon PwC, près de 90% des organisations interrogées ont accru leur utilisation du cloud pour soutenir ces technologies.

Cette tendance implique une demande accrue en capacité de calcul, donc en serveurs et, in fine, en centres de données. Le Kenya se positionne ainsi comme un acteur clé de l’infrastructure numérique en Afrique.

Conclusion

La régulation des centres de données au Kenya marque une étape importante dans la structuration du secteur. En adaptant son cadre réglementaire, le pays répond aux défis posés par la croissance exponentielle des infrastructures numériques et se prépare à soutenir les innovations technologiques futures.

Cette initiative pourrait servir de modèle à d’autres pays africains confrontés à des enjeux similaires.