L’Afrique a construit ses réseaux mobiles, mais l’accès à internet reste un luxe pour beaucoup. Les tours de télécommunication se multiplient, les fibres optiques s’étendent, et la couverture 4G atteint des niveaux records : 97% au Sénégal, 98% en Ouganda, plus de 80% au Nigeria. Pourtant, des millions d’Africains restent déconnectés, non par manque de signal, mais parce que le coût d’accès à internet reste prohibitif.
Le vrai problème aujourd’hui n’est plus la couverture réseau, mais l’accessibilité des terminaux. Caroline Mbugua, responsable senior à la GSMA, souligne ce paradoxe : « L’Afrique a déployé les infrastructures, mais trop peu de personnes peuvent se les approprier. » Le rapport 2026 sur l’état de la connectivité mobile internet révèle une réalité alarmante : 906 millions d’Africains, près de 60% de la population continentale, vivent sous des réseaux 3G/4G/5G sans pour autant être connectés. En Afrique subsaharienne, seulement 25% de la population utilise internet mobile.
Un smartphone à 30 dollars : l’objectif qui s’éloigne
Face à cette situation, l’industrie mobile a fixé un objectif ambitieux : proposer un smartphone fonctionnel à environ 30 dollars. Mais cet objectif devient de plus en plus difficile à atteindre. Entre le troisième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, les prix des puces mémoires ont plus que doublé, puis connu une nouvelle hausse de 80-90% au deuxième trimestre. Cette flambée des coûts touche particulièrement les smartphones d’entrée de gamme, dont les marges se réduisent tandis que les prix augmentent. Selon Omdia, le prix moyen des smartphones en Afrique a bondi de 41 dollars sur un an pour atteindre 202 dollars, tandis que les livraisons de modèles à moins de 100 dollars chutaient de 34%.
Des réseaux sous-utilisés et des investissements en péril
Cette situation crée un cercle vicieux pour les opérateurs télécoms. Ils ont massivement investi dans l’extension de la couverture, mais trop peu d’utilisateurs activent ces réseaux pour générer les revenus nécessaires à de nouveaux déploiements. Caroline Mbugua compare cela à une route construite sans voitures : « C’est inquiétant, car ces investissements ont déjà été réalisés. C’est comme si l’État avait bâti une route sans circulation. » Entre 2025 et 2030, l’Afrique devrait attirer 76 milliards de dollars d’investissements dans les réseaux mobiles. Mais la pérennité de ces investissements dépendra de la capacité à monétiser les infrastructures existantes.
Le coût prohibitif des smartphones : un frein majeur
Pour les populations les plus pauvres, l’achat d’un smartphone représente un effort financier considérable. En fin 2025, un terminal basique coûtait l’équivalent de 44% du revenu mensuel moyen des 20% les plus pauvres dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. En Afrique subsaharienne, cette proportion grimpait à 76%. Un tel investissement entre en concurrence directe avec les dépenses essentielles comme le logement, la nourriture ou l’éducation.
Le défi est donc clair : pour réduire cette fracture numérique, il faut rendre les smartphones accessibles. Les politiques publiques doivent désormais se concentrer non seulement sur l’extension de la couverture, mais aussi sur les facteurs qui empêchent les populations déjà couvertes de se connecter. La priorité absolue reste la réduction du coût des terminaux, condition sine qua non pour transformer l’Afrique en une économie numérique dynamique.