Alors que le continent africain accélère son adoption des technologies numériques, une initiative majeure vient de voir le jour lors de la Conférence des Plénipotentiaires de l’Union Africaine des Télécommunications (UAT) à Abuja. Le Nigeria, hôte de l’événement, a profité de cette plateforme pour lancer le réseau ATLAS, une initiative continentale visant à développer des grands modèles de langage ancrés dans les langues africaines.

Un pas décisif pour l’autonomie technologique africaine Le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie Numérique, Dr Bosun Tijani, a inauguré le réseau ATLAS lors de la cérémonie d’ouverture. Cette initiative s’inscrit dans la continuité du projet N-ATLAS déjà en cours au Nigeria et vise à rassembler les États membres autour d’une plateforme commune. L’objectif est ambitieux : garantir que les langues, cultures et systèmes de connaissances africains influencent les technologies d’intelligence artificielle qui se répandent sur le continent.

Cette annonce intervient dans un contexte où l’Afrique cherche à ne plus être simplement une spectatrice des décisions technologiques mondiales. Le vice-président nigérian, Kashim Shettima, représenté par le sénateur Ibrahim Hadejia, a souligné que les politiques technologiques mondiales ont trop souvent été élaborées sans l’apport africain. Il a plaidé pour un changement de paradigme, où le continent passerait d’une présence passive à une influence active dans la définition des règles.

Une élection serrée pour le poste de Secrétaire Général La deuxième journée de la conférence a été marquée par une élection tendue pour le poste de Secrétaire Général de l’UAT. Kezias Kazuba Mwale, directrice des Radiocommunications de l’UAT depuis 2012 et originaire de Zambie, a finalement remporté le poste avec 21 voix sur les 34 possibles lors du quatrième tour de scrutin. Ce résultat, bien que majoritaire, révèle des divergences significatives entre les États membres sur la direction future de l’Union.

Dans son discours d’acceptation, Mwale a décrit sa fonction comme une responsabilité à honorer plutôt qu’un privilège à jouir. L’ancien Secrétaire Général, John Omo, a encouragé les États membres à poursuivre les décisions prises lors de la conférence avec le même esprit de confiance et d’objectif commun.

Des décisions stratégiques pour l’avenir Au-delà du lancement du réseau ATLAS et de l’élection du Secrétaire Général, la conférence a abouti à plusieurs décisions procédurales qui façonneront les activités de l’UAT jusqu’en 2031. Le Nigeria a officiellement pris la présidence de la Conférence des Plénipotentiaires, succédant à l’Algérie. Ce rôle lui confère la responsabilité de guider la mise en œuvre des décisions prises à Abuja au cours du prochain cycle institutionnel.

Les délégués ont également élu 25 États membres au Conseil Administratif de l’UAT et adopté la Déclaration d’Abuja 2026 sur la Connectivité Significative. Ce document engage les signataires à promouvoir une régulation neutre technologiquement, à élargir l’accès au spectre et aux infrastructures en fibre optique, à renforcer la cybersécurité et la protection des consommateurs. Il met également l’accent sur l’accessibilité et la littératie numérique pour les femmes, les jeunes, les personnes handicapées et les communautés défavorisées.

Un équilibre délicat entre ambition et réalité Les deux jours de conférence ont révélé une Union Africaine des Télécommunications tiraillée entre ambition et réalité. Le réseau ATLAS représente un pari sur l’avenir, visant à construire une infrastructure avant que les modèles étrangers ne définissent entièrement la représentation des langues et contextes africains dans l’IA. Cependant, l’élection serrée du Secrétaire Général montre que transformer cette ambition en action coordonnée ne sera pas une tâche aisée, les États membres ayant des priorités et des rythmes différents.

Pour le Nigeria, qui présidera l’Union lors du prochain cycle, le défi est de taille. Le pays doit maintenant concilier les divergences entre les États membres tout en honorant ses engagements en matière de connectivité et d’IA, qu’il a aidé à inscrire dans la Déclaration d’Abuja.