Dans l’immensité désertique de la Mauritanie, où les ressources naturelles ont longtemps dominé l’économie, une révolution discrète se dessine : celle de la finance digitale. En 2026, le pays voit son écosystème fintech progresser à petits pas mais avec détermination, porté par l’innovation mobile et une inclusion financière progressivement élargie.

Un contexte économique ancré dans les ressources naturelles

Avec un PIB estimé à 12 milliards de dollars et un revenu par habitant d’environ 2 400 dollars cette année, l’économie mauritanienne repose toujours sur ses piliers traditionnels : l’exportation de minerai de fer, la pêche et les récentes découvertes gazières comme le projet Greater Tortue Ahmeyim. Nouakchott, capitale dynamique, concentre les activités financières du pays.

Une fintech en construction, portée par le mobile

L’écosystème fintech mauritanien compte désormais une vingtaine d’acteurs actifs, principalement dans les domaines des paiements mobiles et des transferts d’argent. Une caractéristique marquante : ces services sont majoritairement pilotés par les opérateurs télécoms, qui jouent un rôle clé dans l’extension des services financiers à une population dispersée géographiquement.

Les infrastructures bancaires traditionnelles restent limitées, surtout en dehors des centres urbains. En revanche, la pénétration du mobile connaît une croissance significative, permettant aux services financiers digitaux d’atteindre des populations auparavant exclues. Les plateformes de mobile money, souvent en partenariat avec les banques et opérateurs télécoms, constituent la principale voie vers l’inclusion financière.

Parmi les acteurs clés figurent Bankily (leader des portefeuilles numériques), Masrvi (services financiers mobiles liés aux banques), Sadad Mauritanie (paiements électroniques) et la Banque Mauritanienne pour le Commerce International. L’Association Professionnelle des Banques de Mauritanie (APBM) coordonne les acteurs du secteur, soulignant une caractéristique majeure : la digitalisation est avant tout bancaire et télécom, plutôt que startup.

L’inclusion financière : un défi persistant

Selon la Banque mondiale, seulement 25 % des adultes mauritaniens avaient accès à un compte financier formel l’année dernière. Ce chiffre place la Mauritanie parmi les pays les moins inclus financièrement au monde. Cependant, l’utilisation du mobile money progresse, particulièrement en milieu urbain, indiquant un basculement graduel vers les canaux digitaux.

La Banque centrale de Mauritanie a intensifié son rôle dans la modernisation du système de paiement, renforçant la réglementation et encourageant la digitalisation des services financiers. Ces initiatives visent à formaliser les cadres du mobile money, améliorer l’interopérabilité et renforcer la résilience du secteur financier.

Perspectives d’avenir

La transformation digitale de l’économie mauritanienne s’inscrit dans des stratégies nationales et partenariats internationaux. Le gouvernement, soutenu par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, œuvre à améliorer les infrastructures numériques et l’accès à internet. Ces efforts créent un environnement propice au développement des fintechs.

Du côté des paiements, les progrès sont constants mais pas spectaculaires. Contrairement à certains pays africains ayant adopté massivement le mobile money, la Mauritanie en est encore aux premiers stades de développement des systèmes interopérables. Néanmoins, la tendance est claire : digitalisation croissante des transactions, formalisation progressive des flux financiers et réduction lente mais sûre de la dépendance au cash.

En 2026, l’écosystème fintech mauritanien reste modeste mais montre des signes encourageants de maturation. Porté par le mobile et soutenu par les institutions financières traditionnelles, il pourrait bien devenir un pilier de l’inclusion économique dans les années à venir.