Les modèles d’IA développés par Anthropic sont au cœur de campagnes de désinformation, de manipulation politique et de surveillance de masse dans quatre pays africains. Une enquête récente révèle comment ces technologies ont été détournées entre décembre 2025 et août 2026, mettant en lumière des opérations allant de la propagande pro-russe à la surveillance intrusive de millions d’utilisateurs de téléphones mobiles.

La République centrafricaine : un outil au service de la propagande pro-russe

En République centrafricaine, une opération alignée sur les intérêts russes a utilisé l’IA pour diffuser quotidiennement des contenus pro-Russie, anti-France et pro-gouvernement centrafricain. Coordonnée depuis Bangui, cette campagne impliquait Radio Lengo Songo, une station de radio locale, ainsi que des médias russes comme RT et Sputnik Afrique. L’IA a été utilisée pour générer des articles de presse semblant authentiques, tout en évitant les traces d’une production automatisée. Anthropic a lié cette opération à Politology, une branche d’influence de l’Afrique Corps/Wagner, désormais sous le contrôle du service de renseignement extérieur russe. L’IA a également servi à gérer les ressources humaines, incluant la rédaction de contrats de travail et l’évaluation des employés. Cependant, une demande plus controversée visant à identifier des militants réels a été refusée par l’IA, poussant les acteurs à recourir à des sources anonymes.

Au Kenya, l’astroturfing politique prend de l’ampleur

Au Kenya, une campagne d’astroturfing politique a été identifiée et neutralisée. Un acteur unique a utilisé l’IA pour générer des centaines de tweets semblant spontanés, soutenant le ministre de l’Énergie Opiyo Wandayi et critiquant l’opposition avant les élections générales prévues en 2027. Les hashtags #PowerReliefKE et #PoweringTheNewKenya ont été largement utilisés, bien qu’aucune preuve d’implication gouvernementale n’ait été trouvée. Cette opération, classée comme de faible portée, illustre comment l’IA peut être utilisée pour simuler un soutien populaire là où il n’existe pas.

Au Mali, une plateforme de surveillance ciblant 25 millions de SIM cards

Le cas le plus alarmant concerne le Mali, où l’IA a été utilisée pour développer une plateforme de surveillance nationale destinée à l’Agence Nationale de la Sécurité d’État (ANSE). Un consultant indépendant basé à Bamako a exploité l’IA pour concevoir un système capable de surveiller 25 millions de cartes SIM, soulignant l’ampleur des capacités technologiques déployées par les services de renseignement locaux.

Ces révélations soulignent l’urgence pour les gouvernements africains de renforcer leurs cadres réglementaires face à l’utilisation croissante de l’IA dans des activités malveillantes. La technologie, bien que puissante, doit être encadrée pour éviter son détournement à des fins de manipulation politique ou de surveillance intrusive.