L’intelligence artificielle (IA) est en train de transformer la lutte contre la fraude financière au Nigeria. C’est le constat dressé lors du Adhere Compliance Frontline Forum, organisé par SmartComply à Lagos. Cet événement a réuni des dirigeants de banques, de fintechs, de régulateurs et d’agences de sécurité pour discuter des stratégies permettant de contrer les cybercriminels qui exploitent de plus en plus l’IA et d’autres outils numériques.
Parmi les participants figuraient des représentants de la Nigeria Inter-Bank Settlement System (NIBSS), de l’Economic and Financial Crimes Commission (EFCC), du Nigeria Police Force National Cybercrime Centre (NPF-NCCC), ainsi que des acteurs majeurs du secteur financier comme Paystack, ChamsSwitch et Hydrogen Payment Services. L’occasion également pour SmartComply de dévoiler Adhere, sa plateforme de conformité alimentée par l’IA, ainsi qu’un rapport intitulé The Compliance Reckoning, analysant l’évolution de la criminalité financière et des normes réglementaires dans le secteur financier nigérian.
La cybercriminalité évolue, les méthodes aussi
Dans son allocution d’ouverture, l’Assistant Inspector-General de Police Uche Henry Ifeanyi, également président du groupe de travail africain d’INTERPOL sur la cybercriminalité, a souligné que le visage de la criminalité financière a radicalement changé. Les braquages de banques traditionnels sont désormais rares, remplacés par des attaques sophistiquées menées à distance. « Les voleurs ne portent plus d’armes, ils utilisent des ordinateurs portables et des smartphones », a-t-il déclaré.
Les criminels modernes privilégient des tactiques telles que la fraude par changement de SIM, les attaques par ransomware, l’ingénierie sociale et la collaboration avec des employés internes. Plutôt que de forcer les coffres-forts, ils manipulent les victimes pour obtenir des informations sensibles comme les codes PIN ou les mots de passe bancaires. Cette évolution rend les mesures de sécurité traditionnelles insuffisantes.
L’IA, arme indispensable contre la fraude
Face à cette menace grandissante, les outils de sécurité basés sur l’IA deviennent indispensables. Ils permettent de surveiller en temps réel des millions de transactions et d’identifier rapidement les comportements suspects. Une affirmation surprenante a marqué l’audience : selon Uche Henry Ifeanyi, « la carte ATM nigériane est la plus sûre au monde ». Cette sécurité repose sur l’absence de piratage réussi de la technologie elle-même, les fraudes étant principalement le résultat de manipulations humaines.
Toutefois, il a mis en garde contre les risques futurs : sans renforcement des défenses cyber, la criminalité financière pourrait devenir une menace plus grave que le terrorisme d’ici cinq à dix ans.
Vers une conformité intelligente
Le premier panel de la journée a abordé les défis liés au respect des exigences de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) de la Banque centrale du Nigeria. Animé par Daniel Obot, Divisional CEO de Seequre, il a réuni des experts comme Rowland Okondor de Novac Payments et Ayodeji Jaiyeola de Hydrogen Payment Services.
Les intervenants ont souligné la nécessité pour les institutions financières d’adopter des systèmes capables de détecter les risques en temps réel. Par exemple, une transaction inhabituelle, comme un transfert de 20 millions de nairas depuis un nouvel appareil, devrait être immédiatement signalée. Cependant, des obstacles persistent : systèmes bancaires obsolètes, données clients fragmentées et manque d’expertise technique.
L’événement a confirmé une chose : l’IA n’est plus une option, mais une nécessité pour sécuriser le secteur financier nigérian face aux menaces évolutives.