La Déclaration de New Delhi marque un tournant stratégique pour les pays du Sud
Pour la première fois depuis des décennies, le bloc élargi BRICS a présenté un plan concret pour repenser l’ordre économique et technologique mondial. Lors du 18ᵉ sommet à New Delhi, les dirigeants ont adopté une déclaration audacieuse qui pourrait redéfinir la place de l’Afrique et des économies émergentes dans le paysage numérique mondial.
Un défi direct à l’hégémonie du dollar
Le document de 140 paragraphes ne se contente pas de demander une réforme marginale des institutions financières internationales. Il exige une redistribution radicale du pouvoir au sein du FMI et de la Banque mondiale, avec des quotas et droits de vote accrus pour les pays émergents. Plus significatif encore, le BRICS accélère la création d’une infrastructure financière parallèle.
Le Groupe de travail sur les paiements BRICS a reçu pour mission d’établir des canaux de paiement interopérables et, surtout, de faciliter les règlements commerciaux dans les monnaies locales du bloc. Cette initiative représente une menace directe à la domination du dollar américain et offre aux pays africains un moyen de se protéger contre les sanctions économiques unilatérales, fermement condamnées dans la déclaration.
Cybercriminalité et régulation des actifs virtuels
La déclaration aborde sans détour les défis de la criminalité financière numérique. Les dirigeants expriment des préoccupations spécifiques concernant les flux financiers illicites, le blanchiment d’argent et l’utilisation des technologies de l’information à des fins criminelles. L’évocation explicite des flux illicites d’actifs virtuels marque un tournant dans la position du BRICS sur les cryptomonnaies.
Alors que l’Afrique a connu une adoption massive des crypto-actifs, cette position unifiée suggère que les États membres cherchent à contourner les systèmes financiers traditionnels tout en renforçant la régulation des actifs numériques non traçables. Pour concrétiser cette vision, le bloc annonce la création d’un Hub des banques centrales BRICS, chargé de renforcer les capacités et d’organiser des exercices annuels de cybersécurité.
Souveraineté technologique : l’ambition stratégique du BRICS
Au-delà des questions financières, la déclaration de New Delhi établit une posture technologique ambitieuse. Les pays du Sud ont longtemps été considérés comme de simples consommateurs de technologies occidentales. Le BRICS inverse cette dynamique en promouvant une souveraineté numérique complète.
L’adoption d’infrastructures publiques numériques robustes est présentée comme un levier essentiel pour le développement économique et social. Cependant, cette vision inclut une exigence cruciale : les écosystèmes technologiques doivent être sécurisés et autonomes. Les dirigeants soulignent l’importance de coopérer pour créer un écosystème numérique souverain et autonome.
Cette ambition s’étend aux chaînes d’approvisionnement des composants technologiques critiques. Face aux tensions géopolitiques perturbant l’accès aux semi-conducteurs et équipements de télécommunications, les pays BRICS réclament un terrain de jeu équitable. Ils appellent à une approche globale pour le développement et la sécurité des produits et systèmes ICT, ainsi qu’à l’établissement de règles et normes communes pour la sécurité des chaînes d’approvisionnement.
L’intelligence artificielle : un enjeu géopolitique majeur
Aucune politique technologique en 2026 ne serait complète sans aborder l’intelligence artificielle. Le BRICS se positionne comme le défenseur des pays du Sud dans la course aux armements en IA. Le bloc s’engage à mettre en œuvre une déclaration commune sur la gouvernance mondiale de l’IA.
La préoccupation centrale est que les modèles d’IA occidentaux, formés sur des données occidentales, pourraient imposer leurs normes au reste du monde. En répondant à ce défi, le BRICS pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs dans le domaine technologique.
Pour l’Afrique, ces développements représentent à la fois des opportunités et des défis. La région pourrait bénéficier d’une plus grande autonomie financière et technologique, mais devra naviguer avec prudence dans ce nouvel ordre économique en émergence.