La République Démocratique du Congo (RDC) accélère sa transformation digitale, mais cette modernisation s’accompagne d’une montée en puissance des cybermenaces.

Une digitalisation à marche forcée

Avec près de 74 millions d’abonnements mobiles actifs fin 2025 - contre seulement 29,3 millions en 2017 -, la RDC connaît une croissance exponentielle de son écosystème numérique. La consommation moyenne de données par utilisateur a été multipliée par 24 entre 2016 et 2025, portée par l’adoption massive des smartphones et le développement des services digitaux. Ce bond technologique s’inscrit dans le cadre du plan national d’infrastructure digitale de 9,3 milliards de dollars lancé par les autorités.

Cybercriminalité : le revers de la médaille numérique

Cette accélération expose cependant le pays à des risques croissants. En janvier 2023, une escroquerie par ‘SIM swapping’ a permis à des fraudeurs de détourner 1,2 million de dollars destinés à des familles vulnérables via le programme GiveDirectly. Cette arnaque, qui repose sur l’usurpation d’identité pour prendre le contrôle des comptes bancaires via les codes SMS, illustre la vulnérabilité du secteur financier.

Des infrastructures encore fragiles

L’Internet Society n’a attribué qu’un score de résilience internet de 34% à la RDC en 2024, classant le pays dans la catégorie ‘capacité moyenne’. Nathalie Kienga, cheffe de la cybersécurité à Kinshasa, souligne que cette transformation rapide crée des pressions considérables sur les capacités de défense du pays. Les secteurs financiers, miniers et énergétiques deviennent particulièrement exposés à mesure qu’ils s’interconnectent.

Stratégie nationale pour une cybersécurité souveraine

Face à ces défis, le gouvernement a ratifié en 2023 la convention de l’Union Africaine sur la cybersécurité et lancé sa Stratégie Nationale. Ce plan ambitieux prévoit la création d’une Agence Nationale de Cybersécurité, d’une équipe de réponse aux incidents et d’un centre de surveillance des menaces. Il impose également des normes obligatoires pour les infrastructures critiques.

Le secteur privé en renfort

Des acteurs comme Orange ont commencé à combler le déficit de compétences locales. Le groupe français propose désormais trois services spécialisés via sa filiale congolaise, contribuant ainsi à renforcer les défenses du pays.

Vers un futur sous haute surveillance cybernétique

Les autorités anticipent une intensification des menaces, notamment via le ransomware, les attaques contre les infrastructures critiques et la désinformation. Nathalie Kienga insiste : ‘La cybersécurité est désormais une question de souveraineté nationale, de stabilité économique et de résilience stratégique.’

La RDC doit donc concilier son ambition digitale avec la nécessité absolue de sécuriser ses infrastructures, sous peine de voir ses progrès technologiques compromis par des cybermenaces toujours plus sophistiquées.