Alors que l’Afrique célèbre sa plus grande introduction en bourse de l’année, le Kenya voit une opportunité stratégique. L’IPO de la raffinerie Dangote, lancée le 14 septembre à Lagos, pourrait bien devenir un catalyseur pour les marchés financiers est-africains.
Avec une valorisation de ₦63 billions ($47,6 milliards), cette levée de fonds de ₦2,15 billions ($1,6 milliard) positionne la raffinerie comme un géant industriel continental. Initialement envisagée pour une cotation secondaire à Londres, cette opération pourrait désormais bénéficier d’un intérêt particulier de la part des investisseurs kényans.
Frank Mwiti, PDG de la Bourse de Nairobi (NSE), a saisi cette occasion pour attirer les investisseurs locaux. Sa stratégie repose sur l’enthousiasme immédiat des particuliers, facilitée par des applications fintech comme Cloud9, qui permettent de souscrire à des IPO depuis un simple smartphone. Cette approche bottom-up pourrait créer un élan suffisant pour envisager ultérieurement une cotation croisée officielle à Nairobi.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les ventes transfrontalières d’actions restent rares en Afrique, en raison des contrôles stricts sur les devises et des systèmes de compensation fragmentés. Les fintechs et les dirigeants d’exchanges progressistes construisent ainsi un marché financier africain interconnecté, sans attendre les traités multilatéraux.
Au-delà de cette IPO, Mwiti envisage de développer une filière énergétique à Nairobi. Des entreprises locales liées à Dangote, des sociétés d’énergies renouvelables et des opérateurs logistiques pourraient suivre. Des projets comme l’Oléoduc d’Afrique de l’Est pourraient ainsi lever des fonds régionaux plutôt que de dépendre exclusivement des prêts étrangers coûteux.
Safaricom dans la tourmente judiciaire
Parallèlement, le secteur des télécommunications kényans est en ébullition. Le 15 septembre, la Haute Cour du Kenya a bloqué la vente de 15% des parts de Safaricom à Vodacom, estimant que la transaction n’avait pas respecté les exigences constitutionnelles en matière de participation publique et de transparence.
Cette décision intervient après la finalisation en juillet de la vente pour KES 204,3 milliards ($1,6 milliard), portant la participation de Vodacom à 55%. Le gouvernement kényan et Vodacom ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel, tandis que Safaricom examine les implications juridiques.
Cette affaire, qui traîne depuis des mois dans les tribunaux kényans, soulève des enjeux bien plus larges que la simple propriété d’une part minoritaire. Les fonds obtenus par le gouvernement (KES 204,3 milliards) devaient financer des projets nationaux, tandis que KES 40,2 milliards ($311 000) ont été versés pour des droits sur les dividends futurs.
Alors que le Kenya et la Nigeria s’affirment comme des leaders technologiques et financiers, ces développements montrent à quel point les marchés africains sont en pleine mutation. Les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir de ces deux dossiers majeurs.