L’Afrique est en train de réécrire les règles des paiements numériques. En 2025, le montant des transactions effectuées via les portefeuilles mobiles a atteint la somme colossale de 2 000 milliards de dollars, selon le rapport State of the Industry Report on Mobile Money publié par la GSMA. Une performance remarquable, surtout si l’on considère que ce chiffre a doublé en seulement quatre ans.

La région subsaharienne, avec 1 400 milliards de dollars de transactions, représente à elle seule 66 % du volume mondial. « La vitesse à laquelle les paiements numériques se développent en Afrique est sans précédent », déclare Michael Berner, responsable de Visa pour l’Afrique australe et orientale. Ces propos ont été tenus en marge du Forum des chefs d’entreprise africains à Kigali, le 15 mai dernier.

Visa, qui s’est engagé à investir un milliard de dollars sur cinq ans en Afrique, mise clairement sur cette croissance. Preuve de cet engagement : l’ouverture en juillet 2025 d’un centre de données à Johannesburg, une première pour le continent. « Ce n’est pas simplement une expansion commerciale, mais une preuve de notre implication », souligne Berner.

Cependant, avec la montée en puissance des infrastructures de paiement locales soutenues par les gouvernements africains, la question n’est plus de savoir si des réseaux comme Visa ont leur place ici, mais plutôt dans quelles conditions. Sur ce point, Berner est catégorique : « Les stablecoins pourraient jouer un rôle majeur. » Il annonce d’ailleurs des pilotes pour les règlements bancaires basés sur la crypto-monnaie « très, très bientôt ».

Cette vision s’inscrit dans une tendance plus large. En octobre 2025, Flutterwave, la licorne nigériane de la fintech, a choisi Polygon comme partenaire blockchain pour ses paiements transfrontaliers basés sur les stablecoins. Par ailleurs, Tether, le géant des actifs numériques, a récemment investi dans LemFi, une startup nigériane spécialisée dans les transferts d’argent.

Une stratégie axée sur l’inclusion financière

Face à la fragmentation du marché africain, Visa mise sur une stratégie d’accès universel au système financier. « Nous travaillons avec les petites entreprises pour leur permettre de recevoir des paiements en toute simplicité, ce qui accélère leur croissance », explique Berner. Le groupe collabore également avec les banques et les institutions financières pour développer des produits favorisant l’inclusion financière, comme l’accès au crédit.

L’ouverture du centre de données à Johannesburg, un investissement de plus d’un milliard de rands (environ 61 millions de dollars), illustre cette volonté. « C’est une preuve de notre approche sérieuse envers l’Afrique », ajoute Berner.

Partenariats et souveraineté

La tendance des gouvernements africains à développer leurs propres infrastructures de paiement ne semble pas inquiéter Visa. « Nous respectons les décisions des gouvernements et des banques centrales », déclare Berner. Il précise que Visa est prêt à partager son expertise pour renforcer les systèmes locaux, notamment en matière de lutte contre la fraude.

Cette approche collaborative est au cœur des discussions actuelles. « Nous sommes ouverts aux partenariats et nous mettons notre technologie à disposition », conclut Berner. Une vision qui s’aligne parfaitement avec les thèmes du Forum des chefs d’entreprise africains, axé sur la propriété partagée et l’innovation collective.

L’Afrique est en train de devenir un laboratoire des paiements de demain. Les stablecoins, les partenariats public-privé et l’innovation technologique y écrivent une nouvelle page de l’histoire financière mondiale.