Les startups nigérianes spécialisées dans la technologie Web3 ont levé 43 millions de dollars en 2025, doublant ainsi le montant récolté l’année précédente. Cette performance, révélée par un rapport de Hashed Emergent, une firme de capital-risque basée en Inde, souligne un regain d’intérêt pour ce secteur en pleine expansion. Cependant, cette croissance reste inégale et concentrée sur des niches spécifiques.**
Une concentration des investissements sur les stablecoins
89 % des fonds levés, soit environ 38 millions de dollars, ont été alloués à des produits financiers liés aux stablecoins, comme les solutions de paiement et les plateformes d’échange entre devises fiduciaires et cryptomonnaies. Les tours de financement en amont, notamment les pré-seed et seed rounds, ont représenté 13 millions de dollars, mettant en lumière un manque de capitaux pour les stades plus avancés. La reprise des levées de fonds en Series A, après un ralentissement l’année précédente, reste modeste et ne suffit pas à compenser la dominance des investissements précoces.
Tak Lee, CEO et managing partner de Hashed Emergent, souligne cette dynamique : « Une vague de startups axées sur les stablecoins stimule l’activité d’investissement dans tout l’écosystème. Cette tendance a fait de la finance le secteur dominant, tandis que l’adoption par les consommateurs renforce la position du Nigeria comme hub mondial des stablecoins. »
Un marché en pleine mutation
Le rapport révèle une transformation profonde du marché nigérian des cryptomonnaies, passant de la spéculation à l’utilisation pratique. L’adoption des stablecoins a connu une croissance spectaculaire, avec des dépôts en hausse de plus de 9 000 % entre 2018 et 2025. La valeur des transactions en chaîne a, quant à elle, augmenté de 56 % sur un an pour atteindre 92 milliards de dollars.
Malgré cette reprise, le volume des transactions reste orienté vers les canaux traditionnels de financement, indiquant que l’attention des capitaux-risques internationaux n’a pas encore pleinement retrouvé le secteur Web3 nigérian.
Un écosystème encore jeune et fragmenté
En 2025, les startups Web3 nigérianes ont réalisé 82 deals, contre 72 en 2024. Cependant, 73 de ces opérations étaient des subventions, avec seulement une levée de fonds en Series A enregistrée. Les autres deals se répartissent entre les tours de seed, pré-seed et les ventes de tokens, confirmant la prédominance des stades précoces.
Le secteur de l’infrastructure, incluant les outils de développement et d’interopérabilité des paiements, a levé seulement 4 millions de dollars en 2025, contre 11 millions l’année précédente. Le secteur du divertissement Web3, incluant les jeux et applications sociales, a chuté à 1 million de dollars, soit une baisse de 50 % par rapport à 2024.
Vers une utilisation utilitaire des cryptomonnaies
Les habitudes d’utilisation des cryptomonnaies évoluent également. Les volumes de retrait et de dépôt en devises fiduciaires et cryptomonnaies ont diminué, signalant un ralentissement de l’activité spéculative. Les Nigérians utilisent désormais davantage les monnaies numériques, en particulier les stablecoins, pour les transferts de fonds.
Selon le rapport, les flux de remittances entre le Nigeria et d’autres pays ont connu une expansion rapide, couvrant des corridors intra-africains et internationaux, notamment vers le Ghana, le Kenya, le Royaume-Uni, le Canada, la Chine et une partie de l’Europe. Les stablecoins servent désormais davantage de moyen de paiement que de réserve de valeur.
Les Nigérians retirent en moyenne 83 % des fonds reçus sur les exchanges, indiquant que ces actifs sont traités comme un moyen de transaction immédiat plutôt que comme un outil d’épargne.
Conclusion
Bien que le secteur Web3 nigérian montre des signes de vitalité, avec une croissance notable des investissements et une adoption croissante des stablecoins, l’écosystème reste jeune et dépendant des stades précoces de financement. La concentration des investissements sur les stablecoins et l’infrastructure associée souligne la nécessité de diversifier les secteurs d’activité pour assurer une croissance durable.