Les transferts de fonds de la diaspora africaine, un pilier économique souvent sous-exploité
En 2024, les transferts de fonds vers l’Afrique subsaharienne ont atteint environ 100 milliards de dollars via des canaux formels, avec des flux informels estimés entre 30 et 50 % supplémentaires. Au Nigeria, ces transferts ont atteint 21 milliards de dollars, soit près de 10 % du PIB du pays. Pourtant, ces fonds, souvent utilisés pour des dépenses immédiates, pourraient être transformés en investissements durables grâce à l’essor de la fintech.
Fintech et régulation : les clés pour formaliser les transferts
Lors du récent Africa Capital Forum, organisé par le Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) britannique et la Banque centrale du Nigeria (CBN), des experts ont souligné l’importance de la fintech pour structurer ces flux financiers. Temi Popoola, directeur général du Nigerian Exchange Group (NGX), a évoqué l’impact révolutionnaire des technologies numériques sur les marchés nigérians. Il imagine un futur où les membres de la diaspora pourraient investir directement dans les marchés financiers nigérians via des plateformes fintech. « Imaginez un monde où un Nigérian vivant à l’étranger pourrait transférer 100 ou 1 000 dollars sur une plateforme fintech, et que cet argent soit investi en bourse. C’est l’avenir que nous voulons construire », a-t-il déclaré.
Ridwan Olalere, PDG de LemFi, l’une des principales plateformes de transferts en Afrique, a plaidé pour un cadre réglementaire plus flexible. S’inspirant du modèle britannique, il propose des licences graduées pour les fintechs, permettant aux acteurs émergents d’entrer sur le marché avec des exigences de capital réduites. Une telle approche, selon lui, stimulerait la concurrence et réduirait les coûts des transferts.
Nigeria : vers un hub régional pour les transferts et le commerce
Neeraj Kapur, PDG de Crown Agents Bank, estime que le Nigeria pourrait devenir un centre régional pour les transferts et les paiements transfrontaliers, à condition de combiner innovation technologique, agilité réglementaire et coopération régionale. Il souligne l’importance des investissements soutenus dans la fintech et la collaboration entre les banques centrales africaines pour renforcer l’intégration financière.
Savings et investissement : adapter les produits aux comportements
Odunayo Eweniyi, COO de PiggyVest, une plateforme d’épargne digitale, souligne que le défi principal n’est pas l’absence d’épargne au Nigeria, mais la difficulté à convertir ces économies en investissements à long terme. Elle insiste sur l’importance de la confiance et de l’accès aux services financiers, proposant d’intégrer des produits d’investissement dans les habitudes financières existantes. « Nous avons appris que les Nigérians épargnent, mais ils ont besoin de solutions qui s’adaptent à leurs comportements », explique-t-elle.
Conclusion : un écosystème financier africain en pleine mutation
L’Afrique a l’opportunité de transformer ses transferts de fonds en moteur de croissance économique grâce à la fintech. Pour y parvenir, il faudra renforcer les cadres réglementaires, investir dans des solutions adaptées aux comportements locaux et encourager la coopération régionale. Le Nigeria, en particulier, pourrait jouer un rôle clé dans cette transformation, positionnant le pays comme un leader financier en Afrique subsaharienne.