Un bond en avant qui cache un recul structurel

Pour la première fois depuis des années, les investisseurs commencent à récupérer leur mise dans les startups africaines. Selon une étude récente de Stears et Ventures Platform, 181 sorties vérifiées ont été enregistrées entre 2011 et 2026. Pourtant, derrière cette apparente bonne nouvelle se cache une réalité plus complexe : le nombre croissant de sorties (36% d’augmentation) est en partie dû à une baisse des financements (33%).

Un marché qui se rétrécit

L’analyse révèle un paradoxe inquiétant. Si les sorties augmentent, leur qualité et leur diversité diminuent. Les acquéreurs internationaux, qui représentaient 56% des sorties en 2020, ne constituent plus que 33% en 2025. Les acquisitions dominent (73%), loin devant les autres modes de sortie. Quatre pays concentrent 81% des opérations : Nigeria, Afrique du Sud, Égypte et Kenya. Le secteur financier à lui seul représente 30% des sorties.

‘Le problème n’est pas le nombre de sorties, mais leur nature,’ souligne Dr Dotun Olowoporoku, managing partner chez Ventures Platform. ‘Les voies de sortie se rétrécissent et les pools d’acquéreurs restent superficiels.‘

L’illusion du recyclage de capitaux

Le ratio de recyclage des capitaux (sorties/investissements) est passé de 0,032 en 2022 à 0,065 en 2025. Cette amélioration statistique cache une réalité plus sombre : elle résulte surtout de la baisse des investissements. Les entreprises ayant levé des fonds entre 2019 et 2022 vont devoir trouver des acquéreurs dans un marché qui ne s’est pas élargi pour les accueillir.

La comparaison avec d’autres régions est édifiante. En Asie du Sud-Est, le ratio reste stable (0,03-0,05) malgré les fluctuations. En Amérique latine, même après une correction brutale des financements entre 2022 et 2025, le niveau de sorties reste significativement plus élevé qu’en Afrique.

Un nouvel indice pour mesurer la liquidité

L’étude introduit l’Indice de Liquidité Stears-Ventures Platform, premier indicateur composite de la liquidité des capitaux risques en Afrique. Il combine volume (80%) et qualité (20%), cette dernière incluant la part d’acquéreurs internationaux, l’intensité de liquidité fraîche et la diversité des voies de sortie.

L’Afrique de l’Ouest mène le classement avec 86 sorties enregistrées et un score de qualité de 87,03. L’Afrique du Nord se distingue par la participation active d’investisseurs arabes et européens. L’Afrique australe, malgré la profondeur du marché sud-africain, affiche un score de diversité de seulement 32,81. L’Afrique centrale, avec seulement 10 sorties enregistrées, ferme la marche sur tous les indicateurs.

Un signal encourageant : l’émergence d’acquéreurs locaux

Le point positif du rapport est l’apparition de startups africaines acquérant d’autres startups. Flutterwave a racheté Mono Technologies, Risevest a acquis Chaka et Hisa, tandis qu’OmniRetail a pris le contrôle de Traction Apps. Ces opérations montrent que l’écosystème, particulièrement en fintech ouest-africaine, commence à produire ses propres acquéreurs.

‘C’est le signe le plus tangible d’amélioration structurelle,’ note l’étude. ‘Quand les acquéreurs viennent de l’intérieur, la dépendance aux cycles de capitaux externes diminue.’ Ces acquisitions permettent aussi d’établir des références de valorisation précieuses pour les investisseurs.

Cependant, cette tendance reste concentrée dans le secteur financier et n’a pas encore atteint l’échelle nécessaire pour transformer la dynamique globale des sorties.

L’étude s’appuie sur la base de données Stears Transactions et les contributions directes de 16 fonds participants, dont Ventures Platform, LoftyInc et Future Africa.