L’archipel malgache trace sa voie numérique

En 2026, Madagascar écrit une histoire fintech différente de celle de ses voisins africains. Ici, pas de révolution numérique spectaculaire, mais une transformation progressive portée par la nécessité d’inclure des populations longtemps exclues du système financier. Dans ce pays où l’agriculture (vanille, girofle, riz), les mines (nickel, cobalt) et le textile constituent l’épine dorsale économique, la fintech émerge comme un outil discret mais puissant pour surmonter les défis structurels.

Un contexte économique et numérique contrasté

Avec un PIB par habitant de seulement 600 dollars, Madagascar figure parmi les pays les plus pauvres d’Afrique. Les défis de développement persistent, selon la Banque mondiale. Pourtant, le pays mise sur le numérique pour stimuler son économie. La pénétration mobile atteint 75 %, mais l’accès à internet reste limité à 40 %. Le gouvernement, soutenu par la Banque mondiale et le Fonds de capital-développement des Nations Unies (UNCDF), investit dans les infrastructures numériques, la digitalisation des services publics et l’entrepreneuriat.

Antananarivo, épicentre d’une révolution mobile

La capitale économique concentre les institutions financières et l’activité fintech naissante. La Banque de l’Afrique Madagascar, filiale du groupe panafricain Bank of Africa, joue un rôle clé dans le développement des services bancaires digitaux. Le secteur financier malgache, longtemps en retrait, connaît une mutation grâce aux services mobiles.

Ces plateformes deviennent le principal vecteur d’inclusion financière, permettant aux populations de réaliser des transactions et d’accéder à des outils financiers basiques. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large en Afrique subsaharienne, où le mobile money devance les banques traditionnelles.

La Banque centrale en première ligne

La Banque Centrale de Madagascar a lancé plusieurs initiatives pour accélérer l’inclusion financière. Elle renforce les infrastructures de paiement, promeut l’interopérabilité entre acteurs et améliore l’efficacité des transactions. Des politiques encouragent aussi le développement du mobile money, tandis que les cadres réglementaires pour les institutions de monnaie électronique sont consolidés.

L’objectif est clair : faire passer Madagascar d’une économie de cash à un écosystème digital. L’initiative « Choose Digital Madagascar », lancée l’année dernière, vise à attirer les investissements dans le numérique et à positionner le pays comme un hub technologique.

Des progrès mesurés mais encourageants

Seulement 25 % des adultes malgaches possèdent un compte bancaire, mais l’usage du mobile money progresse. Si les services restent centrés sur les paiements, le potentiel s’étend aux crédits, épargnes et assurances. L’écosystème fintech local, bien que naissant avec une vingtaine d’acteurs, montre des signes de dynamisme.

Madagascar prouve qu’en Afrique aussi, la fintech peut être un levier d’inclusion financière - à condition de s’adapter aux spécificités locales.