Imaginez un cochon tirelire numérique qui communique avec le monde entier. C’est ainsi que Sarah Wahinya, spécialiste de la croissance dans les secteurs Web3 et fintech, explique son métier à un enfant de cinq ans. À la tête des opérations pour l’Afrique de l’Est chez Stellar, une entreprise américaine de blockchain, elle construit les fondements de la prochaine vague de finance digitale sur le continent.

Une journée entre stratégie et communauté

Avant même la première gorgée de café, Sarah plonge dans l’actualité des marchés et scrute les discussions sur Discord, Telegram et X. Sa journée se scinde en trois axes : la construction (campagnes, partenariats, expériences de croissance), les échanges (appels avec des fondateurs, mentors, investisseurs et parfois des régulateurs) et la rédaction (threads, présentations, cadres stratégiques). Entre deux réunions, elle répond aux messages de femmes cherchant à percer dans le Web3 et explique patiemment les stablecoins à sa mère.

Les défis d’une industrie sans horaires

Le rythme effréné du secteur crypto a un prix. Sarah avoue avoir négligé son sommeil et ses proches, croyant que la disponibilité permanente était un gage de réussite. Aujourd’hui, elle réapprend à poser des limites : “S’absenter pour soi-même est aussi une stratégie de croissance.”

Un impact qui dépasse les chiffres

L’un de ses plus grands accomplissements ? Avoir accompagné une jeune femme, initialement convaincue de ne pas avoir sa place dans le Web3, jusqu’à un poste à responsabilités au sein d’un protocole reconnu. “La vraie croissance, ce n’est pas le volume de transactions ou la valeur verrouillée (TVL), mais une personne qui persévère malgré les obstacles”, souligne-t-elle.

Démêler les idées reçues sur la crypto en Afrique

Contrairement aux clichés, l’adoption des cryptomonnaies sur le continent répond à des besoins concrets. Pour un freelance kényan payé en USDC, c’est une solution face aux délais bancaires et aux frais exorbitants. Pour un trader nigérian, les stablecoins sont un bouclier contre l’effondrement de la naira. “Nous n’avons pas adopté le Web3 par mode, mais parce que les systèmes existants nous ont laissés tomber”, insiste Sarah.

La croissance, un marathon pas un sprint

Dans le Web3, la croissance ne se mesure pas aux hausses de prix ou aux airdrops. “Le vrai succès, c’est l’utilisateur qui revient chaque mois, le développeur qui livre un deuxième projet, la communauté qui résiste aux marchés baissiers”, explique-t-elle. Les stratégies basées sur des incitations éphémères ne sont que des “sucres rapides”.