La cybersécurité dépasse le cadre IT : comment protéger les opérations critiques

En Afrique comme ailleurs, la cybersécurité est souvent réduite à sa dimension informatique : protection des données, prévention des intrusions et disponibilité des systèmes. Pourtant, cette approche ne suffit plus. Les environnements opérationnels reposent sur des technologies connectées - systèmes cyber-physiques (CPS), technologies opérationnelles (OT), IoT, IoMT et systèmes de gestion des bâtiments - qui sont de plus en plus intégrés aux réseaux d’entreprise, aux plateformes cloud et aux outils de gestion à distance.

Cette connectivité accrue crée autant d’opportunités que de risques. Une étude mondiale de Claroty révèle que 58% des organisations ont subi une cyberattaque affectant leurs opérations au cours des 12 derniers mois. Le coût moyen ? Trois jours d’arrêt et 1,04 million de dollars de pertes financières. Pire encore : 40% des incidents ont entraîné des problèmes de sécurité physique.

Comprendre l’impact opérationnel des risques cyber

Les conséquences d’une faille sur le plan opérationnel diffèrent radicalement d’une simple fuite de données. Une panne de production, un risque pour la sécurité des patients ou une interruption des services critiques : ces scénarios ont des répercussions financières immédiates. Dans le secteur manufacturier, une ligne de production à l’arrêt peut paralyser toute la chaîne logistique. À l’hôpital, un dispositif médical connecté indisponible peut mettre des vies en danger.

La priorité n’est plus seulement la vulnérabilité technique, mais l’impact opérationnel. Un défaut sur un système non critique n’a pas la même importance qu’une faille affectant l’alimentation électrique ou les systèmes de refroidissement. Pourtant, beaucoup d’organisations manquent encore des informations contextuelles nécessaires pour faire cette distinction.

Gérer les expositions plutôt que chasser les vulnérabilités

L’enjeu n’est pas de corriger toutes les failles, mais d’identifier celles qui menacent réellement la continuité des activités. La difficulté ? Les systèmes opérationnels ont souvent des cycles de vie longs, utilisent des protocoles propriétaires et ne peuvent être mis à jour sans interrompre les processus critiques.

L’intelligence artificielle ajoute une couche de complexité supplémentaire. 70% des organisations l’utilisent dans leurs environnements OT et CPS, mais 40% signalent qu’elle a introduit de nouveaux risques. L’AI peut aider à prioriser les actions, mais elle nécessite une gouvernance rigoureuse.

Combler le fossé entre IT et opérations

Les DSI africaines jouent un rôle clé pour rapprocher ces deux mondes. Pourtant, seulement 16% des organisations déclarent avoir pleinement intégré la gouvernance de sécurité IT et opérationnelle. Ce décalage crée des zones d’ombre où les risques s’accumulent.

Un exemple concret : l’accès des tiers. 75% des organisations ont connu un incident lié à cet accès, et près de la moitié ne le surveillent que partiellement. Les DSI doivent agir sur ces points critiques sans nécessairement tout résoudre d’un coup.

L’Afrique, avec ses infrastructures en pleine transformation numérique, a l’opportunité de bâtir des modèles de sécurité opérationnelle adaptés à ses spécificités. La priorité ? Aligner les stratégies IT et opérationnelles pour protéger ce qui compte vraiment : la continuité des services critiques.